Pourquoi je voudrais écrire des histoires d’amour ?
Je n’écoute pas de podcast, ce n’est pas un format que j’affectionne. Souvent, je décroche, je m’ennuie et malgré toutes mes bonnes résolutions, je finis par laisser tomber. En voiture, je préfère me casser la voix sur des chansons, d’amour si possible et tristes tant qu’à faire, que je chante faux.
Rien ne me prédisposait donc, en faisant des recherches pour cet article, à tomber sur le podcast (pas récent) Love Gang et à en écouter un épisode, chaque fois que j’ai un moment de libre. Le principe ? L’hôte (Samia Miskina) reçoit un invité avec qui elle décortique une histoire d’amour qui lui a été racontée par un(e) anonyme. C’est drôle, c’est pétillant, ça nous ressemble et surtout, comme chacun de ses invités, quand vient la fin de l’épisode, on se dit « Ah mince, déjà ?! ».
C’est difficile d’assumer qu’on aime les histoires d’amour, aujourd’hui. Sauf, bien sûr, si vous parlez des classiques : Orgueil et préjugés, Autant en emporte le vent, Anna Karénine… C’est littéraire, c’est exigeant, c’est bien vu. Si vous avouez que vous mangez du pop-corn en pyjama et grosses chaussettes devant Bridget Jones, c’est déjà un peu plus populaire. Et certains même, sur les réseaux, arrivent à vous reprocher de regarder Love Actually ou Coup de foudre à Notting Hill pendant les vacances de Noël. Je ne connais pas, pourtant, de meilleur remède à une journée grise et froide d’hiver qu’un film avec Hugh Grant.
Je n’ai pas vraiment honte de le dire. Je me console aussi bien auprès du Mr Darcy d’Elisabeth Bennet que de celui de Bridget Jones. L’un de mes livres favoris du moment, Ce qui ne nous tue pas de Carole Leclercq, est une histoire d’amour taxée de roman à l’eau de rose peu crédible dans certaines critiques sur Internet. Tous mes romans préférés ne parlent que d’amour. J’ai choisi le dernier livre que j’ai acheté (La louve blanche de Theresa Révay) sur le simple argument de sa couverture et la promesse, au dos, « d’une passion, aussi incandescente que tourmentée » et j’ai commandé la suite sur un site d’occasion avant même de l’avoir ouvert, dans une sorte de compulsion romantique. Je ne me soucie pas de savoir s’ils sont bons, crédibles, parfois même je leur accorde le bénéfice de n’être pas si bien écrits qu’ils auraient dû l’être. Je veux juste vibrer, aimer, rêver et imaginer, le temps d’une centaine de pages, que cette histoire est un peu la mienne.
J’ai lu que les histoires d’amour étaient universelles, qu’elles nous touchaient parce que nous pensons tous vivre quelque chose d’unique lorsque nous aimons alors même que c’est le sentiment le plus commun entre tous. Plus que les autres, les romans d’amour nous impliquent, nous donnent l’occasion de projeter, d’expérimenter et de vivre, par procuration, une incertitude qui nous ravit. Ce n’est pas tant la fin que nous attendons dans une histoire romantique – on la connaît déjà – que les hasards, l’ambiguïté, les coïncidences et cette danse dans laquelle on se laisse prendre, spectateurs ou acteurs.
Le problème, c’est la façon dont cette danse est menée. Si tous les grands romans sont des histoires d’amour, toutes les histoires d’amour ne font pas forcément de grands romans. Et cette faiblesse que je pardonne volontiers à un récit qui m’embarque, je n’arrive pas encore à me l’accorder. Je ne veux pas d’un regard condescendant et d’une moue légère qui me vaudraient un commentaire désobligeant sur Internet ou une étiquette dont je ne parviendrais plus à me défaire. Je n’ai pas envie de me regarder dans le miroir avec la circonspection que je réserve à toutes ces publications Instagram détaillant des tropes auxquels je ne comprends rien et des extraits un peu mièvres de fictions qui se ressemblent toutes : amour interdit, d’ennemis à amants, friends to lovers… J’essaie de trouver dans quelle catégorie ranger Rhett Butler et Scarlett O’Hara et je fronce un peu les sourcils : écrire l’amour est encore plus compliqué que je le pensais !
Toutes ces jeunes autrices (car les romans d’amour sont majoritairement écrits et lus par des femmes) ont pourtant un courage qui me manque : celui d’écrire ce dont elles ont envie, sans se soucier de savoir si les vieux rabat-joie que nous sommes leur reprocheront leurs goûts, leur manque de vocabulaire ou encore la pauvreté de l’intrigue de ces romans qu’elles écrivent et dévorent à la chaîne.
Comme elles, je voudrais écrire des histoires d’amour. Enfin, je voudrais écrire une histoire d’amour, soyons raisonnables, même une nouvelle, un poème ou un conte, quelques dizaines de pages, ce serait déjà un progrès.
Et puis, si ce ne sont finalement que quelques lignes, le portrait d’un homme ou d’une femme, un décor, une scène, une rencontre ou un épilogue, ce sera déjà le début cette histoire qui n’attend plus que moi.

